22.08.2006
Interview.
Musique . Rencontre avec une des icônes du rap conscient. Le penseur et poète adresse un message à la jeunesse en désespérance.
Tandis que Guru, fondateur avec DJ Premier en 1989 du groupe phare Gangstarr, venait de conclure son concert avec ses complices Solar et DJ Doo Wop aux 10es Voix du Gaou, il s’est confié à l’Humanité sur ses aspirations et ses projets. Le revoilà en France, à l’occasion de Jazz à la Villette, dont l’édition 2006 rend hommage aux « Black Rebels ». Légende du rap conscient et concepteur de la fameuse série discographique « Jazzmatazz » (1), Guru a totalement sa place dans cette programmation exceptionnelle, qui convie Ornette Coleman, Saul Williams, Steve Coleman, Abbey Lincoln, Charlie Haden, Denis Colin, Ursus Minor, Archie Shepp, Rocé... Dans son dernier album, Version 7.0 - The Street Scriptures, produit par son cadet américain Solar, il poursuit sa quête artistique et sociale, inlassablement.
Vous êtes de retour en France. Quelle relation entretenez-vous avec notre pays ?
Guru. Je ressens quelque chose de fort pour cette nation, dont j’admire non seulement la culture mais aussi son rapport avec toute culture. Depuis des décennies, la France est terre d’accueil du jazz, du rap, de l’art du graffiti... La créativité parvient à se creuser une place, ici, bien davantage qu’aux États-Unis. On ressent une écoute particulière, comme nous l’a montré, à son tour, le public des Voix du Gaou, où nous avons eu l’immense plaisir de jouer.
Qu’est-ce qui vous a amené à solliciter votre compatriote Solar pour produire The Street Scriptures ?
Guru. Quand j’ai rencontré Solar, il y a cinq ans, nous nous sommes aussitôt compris. Je ressentais une frustration, à cause des contraintes qu’imposent les major compagnies. En général, elles cherchent à nous dicter quelle musique faire. Ce qui en totale contradiction avec les racines du hip-hop. Solar m’a suggéré de monter mon propre label. Ainsi, nous avons fondé ensemble 7 Grand Records. Cette étape a été comme une renaissance pour moi.
Dans quel sens ?
Guru. J’ai traversé une période confuse, je buvais trop. Solar m’a dit : « Si tu veux te concentrer sur tes projets, tu dois arrêter l’alcool. » Grâce à lui, j’ai stoppé tout ça et remonté la pente.
Nombre d’artistes connaissent la traversée du désert. Trop de pression ?
Guru. Exactement. Le système essaie de nous dévorer. Il y a plein de tentations. Pendant qu’on s’égare, on est inoffensif, on ne se bat pas. Je parle en toute simplicité des difficultés que j’ai affrontées, afin que ceux qui m’écoutent, les jeunes déshérités en particulier, prennent conscience des pièges qui attendent n’importe quel individu, et plus spécifiquement ceux qui s’engagent dans la lutte sociale.
Dans le morceau Step The Arena de l’album The Street Scriptures, vous exhortez les acteurs du hip-hop à « revenir avant l’ère du bling-bling »...
Guru. Oui, le bling-bling, c’est la course à la frime et à l’argent qui noyaute le hip-hop au détriment de la dimension artistique. Avec 7 Grand Records, nous voulons replacer la création au centre du processus. Le volume IV de Jazzmatazz, dont la sortie est prévue pour début 2007, constituera la prochaine réalisation du label. Puis des documentaires - un sur Jazzmatazz 4, d’autres touchant au théâtre et à divers domaines - verront le jour. Solar joue un rôle précieux dans l’ensemble de ces projets. Nous voulons casser les barrières qui visent à diviser la conscience collective.
Comment, selon vous, reconstruire une résistance contre le système dominant, qui a capturé une bonne partie du monde dans sa toile ?
Guru. En nous organisant, nous aussi, à l’échelle internationale. Le combat, à l’instar de l’expression artistique, doit être global, parce que la cause est universelle. Nous étions en tournée ici, quand les émeutes ont éclaté fin 2005. The Street Scriptures, sorti quelques mois auparavant, établit le lien entre la musique, l’art, et la lutte, les révoltes populaires. Voici le message que je voudrais transmettre aux jeunes en désespérance, de France et de partout : des aînés ont donné leur vie pour la liberté, apprenez comment ils se sont organisés pour mener leur résistance, inspirez-vous d’eux. En vous instruisant, vous discernerez mieux le mécanisme qui fabrique l’oppression dont vous et vos pairs faites l’objet. Ne pas se tromper de cible, c’est capital dans toute lutte que l’on mène.
Propos recueillis
et traduits par Fara C.
(1) Guru’s Jazzmatazz, le 9 septembre
à la Cité de la Musique dans le cadre
de Jazz à la Villette, du 30 août
au 10 septembre. Tél. : 01 44 84 44 84 ; Internet : hhtp ://www.jazzalavillette.com
CD Version 7.0 - The Street Scriptures (7 Grand Records/Nocturne).
20:00 Publié dans Les artistes à la fête de l'humanité. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vivelavie, pcf
21.08.2006
Les artistes à la fête de l'Humanité.
Le Front populaire des Têtes raides
Musique . C’est un groupe : plus de vingt années d’existence et une conscience politique. Il s’invite à une Fête de l’Humanité placée sous le signe de l’anniversaire de 1936.
Pour cette édition 2006 placée sous le signe de la commémoration, les Têtes raides ont tenu à marquer le coup avec une création spécialement imaginée pour l’occasion des soixante-dix ans du Front populaire, mais aussi de la guerre d’Espagne. « C’est la rencontre avec des vétérans républicains qui a suscité cette prise de conscience, par rapport à une histoire - officielle qui occulte l’attitude de l’État français, avec les camps d’internement qui - furent créés à la fin des années trente, par exemple », - explique Christian Olivier, le chanteur du groupe.
C’est avec le groupe punk néerlandais The Ex, auteur d’un disque sur la guerre d’Espagne en 1986, et du Spook Orchestra, composé de slammeurs « de très belle facture », que le groupe livrera une prestation autour d’une année qui reste, d’après Christian Olivier, celle des contradictions : « Pour moi, 1936 comporte deux dimensions opposées : d’un côté le progrès social incarné par le Front populaire et, de l’autre, la régression de la démocratie qui commence avec la guerre d’Espagne. C’est aussi l’opposition entre le courage d’un gouvernement de gauche qui a engagé des réformes de profondeur et la -
l- âcheté des démocraties face au triomphe du fascisme en - Espagne. »
Cette création est aussi un moyen de perpétuer la mémoire d’une époque dramatique. Huit ans après leur premier passage sur les planches de la Fête de l’Humanité, les Têtes raides sont donc de - retour, pour une édition 2006 aux accents nostalgiques. Le groupe, qui compte désormais plus de vingt ans d’existence, a vu ses créations - évoluer au fil des années et de l’arrivée de nouveaux membres au sein de la formation. Christian, Iso et Cali forment au milieu des - années quatre-vingt les Red Ted. Ce nom originel du groupe marque ses premières influences punk, s’ouvre ensuite à d’autres sons et d’autres instruments comme le violoncelle d’Anne Gaëlle ou les cuivres. Le but : créer cette atmosphère étrange et indéfinissable, recherchée mais populaire, toute droit sortie d’un film de Caro et Jeunet comme Delicatessen.
Cette musique populaire et pas pop puise ses influences dans la grande chanson française de Georges Brassens et de Jacques Brel, mais aussi dans le punk des années quatre-vingt. Les Têtes Raides touchent à tous les aspects de la création.
C’est véritablement un univers visuel et sonore qui est offert aux fans, fidèles malgré le quasi-boycott des grands réseaux de diffusion radio et télé. Les textes tantôt grinçants, tantôt gouailleurs de Christian Olivier, et son interprétation si particulière pour l’ouïe. Pour les yeux, la - recherche graphique des Chats pelés, collectif conduit par le chanteur, qui contribue à la création des pochettes des disques, vient rappeler le parcours de ces anciens élèves des Beaux-Arts et leur ouverture à toutes les formes d’art. Les Têtes raides, c’est aussi une conscience politique, chose bien rare dans le paysage culturel français : « Avis de KO - social » en atteste, cette série de rassemblements et de concerts - organisés en 2003-2004 pour protester contre la politique - gouvernementale, auxquels ont participé syndicats et - associations. Pour sa troisième participation à la Fête de l’Huma, Christian Olivier salue « un grand moment, une belle fête. L’Humanité, c’est déjà un superbe titre pour une fête, au sens particulièrement moderne aujourd’hui ».
Martin Fournier
Et comme c'est bientôt la fête....
http://www.humanite.fr/fete.php3
12:10 Publié dans Les artistes à la fête de l'humanité. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fêtes, culture, vive la vie, politique, pcf




