Le candidat de l’UDF talonnerait Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy selon plusieurs instituts. Sur quoi surfe-t-il, et qui sert-il ?
Dans son discours de clôture de l’université d’été de l’UDF, en septembre dernier, François Bayrou n’avait pas de mots assez durs pour « l’enchaînement subtil en quatre temps, télévision - sondages - médias - retélévision », cette « mécanique » qui « apparaît impossible à contredire ». C’était avant que l’ex-ministre de l’Éducation nationale d’Edouard Balladur ne devienne le chouchou des mêmes sondages et des mêmes médias dominants.
un fort niveau d’indécision
Alors que ses rivaux semblent s’effriter, le candidat de centre droit poursuit son ascension dans les études d’opinions. D’après le sondage CSA rendu public hier par le Parisien et I-Télévision, François Bayrou serait crédité de 24 % des intentions de vote (+ 7 points en une semaine), talonnant ainsi Ségolène Royal (25 %, - 4) et même, fait nouveau, Nicolas Sarkozy (26 %, - 3). Même tendance selon le baromètre BVA-Orange pour la presse régionale, qui donne le candidat de l’UDF à 21 % des intentions de vote (+ 4) contre 24 % à Ségolène Royal (- 1) et 29 % à Nicolas Sarkozy (- 2). Cette dernière enquête donne même le président de l’UDF largement gagnant (55 %) s’il devait être opposé, au deuxième tour, à Nicolas Sarkozy. Après l’exaspérante mise en scène d’un second tour joué d’avance entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, voici donc celle d’un tiercé serré, histoire de donner aux électeurs-spectateurs l’illusion d’un choix véritable.
Question : cette montée en flèche de François Bayrou dans les sondages est-elle solide ? Premier bémol : le niveau d’indécision des électeurs, plus fort qu’en 1995 et qu’en 2002. À quelques semaines de l’élection, près d’un électeur sur deux ne sait toujours pas sur quel candidat se portera son suffrage. Difficile, dès lors, de parler d’une véritable « cristallisation » sur tel ou tel candidat. « Comme pour tout électorat en expansion, les nouvelles catégories atteintes restent prudentes », souligne Jérôme Sainte-Marie. Le directeur de BVA-Opinion décrit, à propos de l’ascension du candidat UDF, une « valse à trois temps ». D’abord, la mobilisation de son électorat traditionnel. Puis celle d’électeurs de centre gauche s’étant porté sur le oui en 2005 et perplexes sur la candidature de Ségolène Royal. Et enfin le mouvement d’une partie de l’électorat de droite pour lequel le candidat de l’UDF apparaît plus « rassurant » que Nicolas Sarkozy aux yeux duquel il représente « une forme d’aventure ».
Le pari de François Bayrou : ouvrir une dernière phase de la campagne donnant corps à sa volonté d’incarner un vote « antisystème » qui, contrairement aux suffrages portés sur l’extrême droite et l’extrême gauche en 2002, trouverait ses prolongements dans l’exercice du pouvoir. Attrape-tout, le candidat de l’UDF promet, s’il était élu, de former un gouvernement « d’union nationale » rassemblant des personnalités de tous bords politiques. En quelque sorte, une version « light » et « constructive » du discours « ni droite, ni gauche », qui semble rencontrer un écho chez une partie des citoyens désespérés par les successions d’alternance sans changement. Mais dont la portée finale demeure incertaine dans un pays qui reste malgré tout attaché au clivage et au débat gauche-droite.
François Bayrou espère, en même temps, incarner une forme de rébellion face à un système politique, économique et social à bout de souffle. Un comble s’agissant de l’ancienne plume de Jean Lecanuet, qui défend un programme politique fondé sur un libéralisme économique assumé et fut l’un des plus zélés défenseurs du projet de constitution européenne que les électeurs français rejetèrent massivement le 29 mai 2005.
Le scénario n’est pas le film, les sondages ne sont pas l’élection. Reste que l’allure prise par cette campagne présidentielle soulève de sévères interrogations sur une gauche qui, toutes composantes confondues, peine à offrir aux électeurs un projet mobilisateur, à incarner la rupture avec cinq ans de pouvoir d’une droite qui a broyé des droits sociaux et démocratiques fondamentaux. De ce point de vue, la responsabilité de la candidate socialiste npas mince. Ses réticences à assumer de franches réponses de gauche, loin de lui attirer l’électorat centriste, ont ouvert un espace à la candidature Bayrou. Plus généralement, la gauche, dans son ensemble, a échoué à s’accorder sur une politique crédible, répondant aux attentes des électeurs. Comme si les questions posées par le séisme électoral de 2002 demeuraient entières.
Pour toute réponse, les ténors du Parti socialiste et de l’UMP multiplient les appels à resserrer les rangs autour de leurs candidats, des appels restés jusqu’ici lettre morte. Le parti de droite met en avant le soutien de Simone Veil, figure du centre droit, à Nicolas Sarkozy. Jack Lang a appelé hier « ceux qui souhaitent le changement » à ne pas « se tromper ou égarer leur suffrage et se disperser » et à « faire bloc derrière la seule candidate du changement : Ségolène Royal ». Un appel au vote utile qui pourrait avoir pour effet de plomber davantage les autres candidats de gauche. Et de se retourner contre la candidate socialiste si François Bayrou devait apparaître comme le barrage le plus crédible à Nicolas Sarkozy.
Mais les sondages ne sont pas l’élection. On sait ce qu’il advint, en 2002, de l’artefact préélectoral du « troisième homme ». À l’époque, Le Pen s’était nourri, sans rien dire, de la surenchère des uns et des autres sur l’insécurité. Il pourrait, demain, damer le pion aux champions de la « rupture » et du « vote antisystème ». Les deux candidats de droite, François Bayrou comme Nicolas Sarkozy, font, de ce point de vue, un pari inquiétant et risqué.
Rosa Moussaoui
http://ulrichsavary.gauchepopulaire.fr/





